Une cabane.

Jour 5.

Depuis des années, quand je suis énervée et que j’ai le sentiment que rien ne va dans ma vie, j’ai envie de tout envoyer valser.

En partant. Loin. Longtemps. En déménageant. A l’étranger. Toute seule. Loin.

Je pense que ce désir atavique est dû à mes innombrables déménagements en étant enfant. J’ai grandi avec une sorte d’idéal « reset » : il suffisait de déménager pour recommencer une nouvelle vie et que tout aille mieux. Aux immeubles gris, on a troqué une villa vue mer. Aux camarades grincheux, une bande de copains aventuriers. Aux parents divorçant, la belle vie de l’adolescence à la ville.

J’imagine qu’à mes problèmes, il n’y a qu’une solution : partir, fuir, déguerpir, décamper… Aller là où le soleil brille. Comme si, il n’y allait avoir aucun voisin bruyant à l’autre bout du monde. Comme si, les mites, l’anémie, les élèves agités, la lourdeur administrative de la démission ou de la mutation dans l’Education Nationale (Jérôme Cahuzac, sors de ce corps !), quelques intrus familiaux, les amours perdus et les amours interdits n’existaient pas à l’autre bout du monde.

Quand ça va mal, je visualise ma nouvelle vie dans une maison en bois. Cette vision ouvre un vaste champ de possibles : une cabane dans la forêt canadienne, une cabane au bord d’un fjord norvégien, une cabane sur une plage déserte en Indonésie, une cabane dans un arbre au Costa-Rica, une cabane d’architecte en bois et verre avec une vue de dingue (ambiance Frank Lloyd Wright), une cabane de pêche à Tahiti… Ma vie meilleure sera dans une cabane (il y aura aussi quelques plantes vertes suspendues et un homme nu sur un tapis mais ça, c’est une autre histoire.)

Mon expatriation impliquera forcément un pays où je ne parlerai pas français. Histoire de pouvoir faire des belles maladresses en anglais comme la fois où j’ai raconté très sérieusement au père de ma famille d’accueil que je m’étais envoyée en l’air sur la pelouse du campus alors que ce que je voulais dire était que je m’étais allongée dans l’herbe sur la pelouse du campus (« I got laid on the lawn » au lieu du « I lay down on the lawn »). Bref, il me faut de l’exotisme langagier, il faut que je parle avec mes mains, il faut que je mime des choses. Ça me rend heureuse (comment ça, c’est ce que je fais tous les jours en mimant des consignes simples à mes élèves ? Ne parlons pas de choses qui fâchent, s’il vous plait !)

Là-bas, là où tout va mieux, il n’y aura que des gens aimables, souriants et beaux. Oui, un pays où les gens sont moches et cons ne me fait, pour l’instant, pas trop rêver (cela pourrait changer le 7 mai 2017).

Si vous avez des destinations qui cochent toutes les cases, n’hésitez pas à me les suggérer. Si vous pensez que la meilleure solution, serait d’affronter le taureau par les cornes et de me réjouir de tout ce qui va bien plutôt que de faire une fixette sur ce qui va mal, je vous prie de vous taire et de me laisser régler mes problèmes puérilement en les étouffant bien profondément dans une bonne dose de rêvasserie.

Illustration – Marine Schneider (ma super copine, hyper douée, hyper talentueuse, hyper douce, hyper gentille – et que je vois bien vivre dans une cabane au milieu de nulle part aussi)

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s