Une salade.

Jour 10.

Un jour, un jeune homme avec qui j’étais allée me promener et boire un verre sous un ciel lourd et orageux d’une fin d’août, m’a quittée en allant s’acheter une laitue. J’étais persuadée que nous finirions la soirée ensemble, sous la couette, ou sur la couette, vu la chaleur ambiante. Pourtant, en quittant cette terrasse ombragée où le pastis et la bière étaient frais et convenables, nous nous dirigions vers chez moi mais, le garçon a préféré s’arrêter à la supérette du coin car il souhaitait s’acheter une laitue pour son diner. Il m’a quand même gratifié d’un sms pour me dire qu’on pourrait se revoir alors que j’étais moi même en train d’asperger ma roquette d’une vague sauce au citron et à l’huile d’olive, dépitée, devant un énième épisode d’une série quelconque.

Aujourd’hui, on m’a offert une tranche de jambon. Cela m’a ravi puisque je n’avais qu’une horrible boite de sardines et quelques grains de riz trop cuits en guise de déjeuner. Lorsque je suis fatiguée, un peu de charcuterie (et de vin rouge) me fait l’effet d’un sorbet citron vert un jour de canicule ou d”une choucroute garnie un soir de janvier pluvieux. Sentir le gras caresser ses papilles est un pur moment de délectation.

Ce geste anodin et amical ne pouvait pas mieux tomber. Il m’a fait penser à une excellente chronique de Sonia Devillers sur Inter, qui parlait du film “Le nom des gens” : “Heureusement que le cinéma est là pour nous réinjecter une rigolote petite dose de 1968. Une époque où s’envoyer en l’air et s’engager pour des idées étaient bien plus important que de bien bouffer. Ma génération s’occupe de manger. Ah ba ça, elle s’occupe de bien manger, mais elle a oublié que de tout son corps, elle pouvait désirer une autre société.”

Si en 2017, on mange bio, on mange local, on mange “healthy”; si en 2017, on se préoccupe de son alimentation plus que de ses relations et de ses convictions ; si en 2017, on ne s’engage qu’à manger sans gluten, sans lactose, à manger des trucs crus, verts et croquants, c’est qu’on ne pense pas assez bonne chaire. Dans tous les sens du terme.

J’ai trouvé ma nouvelle conviction (ou vocation) : on peut prendre son pied en mangeant du jambon. On peut même le faire en parlant Fillon, Hamon, Macron ou Mélenchon. Ce garçon triste à la laitue ne s’était jamais fait offrir de tranches de jambon. Lui, je suis sûre qu’il votera Fillon. C’est un truc de petit con.

Illustration – Léa Maupetit

 

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s