Mes amies devenues.

Jour 12.

J’ai lu un roman de Jean-Claude Mourlevat aujourd’hui, qui m’a beaucoup plu. C’était très simple comme littérature mais c’était un récit émouvant et juste. “Mes amis devenus” parle de retrouvailles entre amis du lycée, quarante ans plus tard, sur une île bretonne.

Il raconte la force de leur amitié à l’époque de leurs 16 ans et on comprend très vite pourquoi le narrateur est anxieux à l’idée de les retrouver, malgré qu’ils se soient perdus de vue.

Dans une dizaine de jours, je vais revoir des amies que je n’ai pas vues depuis plusieurs années. On est bien loin de décennies du roman de Mourlevat mais l’expectation de cette rencontre me tourmente un petit peu.

Il s’agit de deux amies dont j’ai été très proche que je vais revoir pour l’enterrement de vie de jeune fille d’une troisième (elle, je ne l’ai pas perdue de vue). Ces deux amies étaient très liées, et je les considérais souvent, à mes torts, comme un tout. Elles allaient ensemble, S et N, N et S, je ne dissociais ni les dires de l’une des actions de l’autre.

J’ai volontairement coupé les ponts, bien qu’à cet époque de notre amitié, il s’agissait plus d’une passerelle en corde bien effilochée que d’un viaduc centenaire. S et N vivaient ensemble, je me sentais affreusement seule, j’allais très mal, elles ne s’en rendaient pas compte. Je n’étais pas capable de les soutenir dans leurs préoccupations respectives. Par maladresse, j’ai préféré coupé court à toute explication, souffrant de cette relation, plutôt que trouver les mots pour dire, pour passer l’éponge, pour s’excuser. A cette époque, j’en voulais à la terre entière, je ne pouvais pardonner personne et je ne pouvais prendre aucun reproche supplémentaire. C’était égoïste de ma part de les avoir mises dans le même panier, sans justifier clairement mes paroles, et d’avoir fermé le panier, à clé, et l’avoir rangé bien loin dans mes souvenirs.

Les années ont passé et je pense à elles trois avec nostalgie. Oui, nos amitiés étaient toujours agitées. Il faut dire qu’avec les quatre caractères bien trempés qu’on avait, nos histoires personnelles houleuses et l’expérience plutôt intense qu’on partageait, il y avait de quoi créer des disputes, des câlins, des rires, des larmes, des gueules de bois et bien d’autres folies.

J’essaye de n’avoir aucun regret dans ma vie. Ainsi, tout ce qui s’est passé a eu lieu et c’était ce qu’il fallait à ce moment là, même si cela a été douloureux, pour l’une, pour l’autre, la troisième ou la quatrième.

De l’eau a coulé sous les ponts, les viaducs et les passerelles. De les revoir dans peu de temps me rappelle tendrement nos souvenirs et me laisse enfin envisager un présent en leur compagnie. Je ne sais pas si nous pourrons créer un futur, retisser une amitié aussi forte qu’elle l’a été. Je ne sais pas si j’en ai envie. Je ne sais pas si elle ou elle en aura envie. Je ne sais pas si nous y arriverons, à 2, à 3, à 4.

A mes amies devenues, ces 3 filles avec qui j’ai grandi, avec qui je me suis construite. Notre amitié, dans ses hauts et ses bas, a contribué à ce que je suis devenue aujourd’hui et je suis contente de les retrouver d’ici peu, pour C. Ce jour là, on sera là pour C, la maille du tissu de nos souvenirs, le pont solide et immuable de notre amitié.

Illustration – Sonia Delaunay (Tissu 5)

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