De travers.

Jour 14.

Il se ronge les ongles. Elle se gratte les sourcils. Il tapote du pied. Elle se mord l’intérieur des joues. Il ferme les portes ouvertes. Elle essuie toutes les gouttes d’eau autour de l’évier. Il aligne ses stylos sur son bureau. Elle vérifie toujours deux fois si elle a son briquet dans son sac. Il vole les briquets des autres. Elle dort avec une écharpe pour ne pas tomber malade. Il dit “ouit” au lieu de “huit”. Elle ramasse les gants esseulés. Il se fait des petits ronds avec la main droite autour du nombril. Elle nettoie les lunettes sales de tout le monde. Il met dans la musique pour ne pas entendre les bruits des convives qui mâchent. Elle ne boit son café qu’avec une tasse à bord fin et une sous-tasse. Il finit les phrases de sa femme. Elle chante ses actions quotidiennes. Il trempe son brie, gardé dans le placard, dans son café. Elle ne fait la vaisselle de ses tupperware que lorsqu’elle n’en a plus aucun de propre. Il broie le papier avant de le jeter. Elle range tout dans des boites. Il n’aime pas les légumes qui couinent sous la dent. Elle s’arrange pour tout faire rentrer dans un format A4. Il cire ses chaussures toutes les semaines. Elle ne pose jamais son sac à main par terre. Il achète Le Monde tous les samedis. Elle ne va pas dans les bars si c’est trop loin pour y aller à pied. Il lit une BD à chaque fois qu’il va aux toilettes. Elle coupe un sucre en deux, puis en quatre et mets 3/4 d’un sucre dans son café, qu’elle ne touille pas. Il ne donne pas de nouvelles car tout va bien et même si ça va mal, il évite de nous inquiéter.

Tous mes proches ont des lubies. Cela me rassure sur ma condition. Je me dis que ce n’est pas si grave si je range mes livres par couleur et maison d’éditions, si je mange les petites peaux autour de mes ongles jusqu’à saigner des doigts, si je parle à mes plantes pour qu’elles poussent bien, à mes mites pour qu’elles crèvent (charognes !), à mon chat pour qu’il meure (il a 19 ans, pue et miaule vraiment trop) et aux souris qui habitent ma cave pour qu’elles s’en aillent avant que j’arrive. Hein ? C’est normal ? C’est juste une travers comme un autre ?

Illustration post week-end pascal – Photographie de Dorothy Gulliver dans une publicité de 1926 pour The Collegians.

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