Le commissariat.

Jour 17.

Il y a de ça deux semaines, le médecin m’a demandé de faire une prise de sang à jeun. Cela fait donc plusieurs jours que tous les matins, je me réveille et je me rue sur un café ou des tartines (Une sorte de réflexe pavlovien. Réveil = manger). Et qu’une fois le petit-dej avalé, je réalise que ma prise de sang a été aussi vite zappée que la résolution d’arrêter le chocolat le 1er janvier.

Ce matin, je suis en vacances. J’ai mis mon réveil à 7h pour aller faire cette fichue prise de sang puis aller faire ma procuration pour les élections, vacances, citoyenneté et “oh-mon-dieu-pas-marine-svp” oblige. Cette fois-ci, je suis allée me doucher avant d’aller dans la cuisine. Puis, une fois habillée, belle comme une souris blanche. (J’ai les yeux rouges et bouffi, merci la magnifique conjonctivite allergique). Je me dirige instinctivement vers ma machine espresso. What else ? Une fois le liquide brunâtre et amer avalé, je vois le post-it “prise de sang” qui traine sur le meuble. Et merde. Loupé ! Je m’insulte (je le mérite, je ne m’excuse même pas !)

Puis je me dis que ce n’est pas grave, au contraire, cela allait me mettre en avance pour aller voir les flics. Cette activité (vécue plusieurs fois et souvent inoubliable) me transporte tellement que je m’en vais guillerette et à moitié aveugle (le pollen, je vous l’ai déjà dit) au commissariat de mon arrondissement.

Il est 8h23 quand j’arrive. Manifestement, je suis en retard de 50 autres citoyens motivés qui veulent eux aussi donner leur voix pour partir en vacances en bonne conscience.

9h20. Je n’avance que parce que certains abandonnent. Il fait froid. Nous sommes à l’ombre et le vent glacial atteint mes côtes flottantes. Les gens s’énervent, râlent. Cette situation est franchement angoissante : j’ai envie de faire pipi, étant seule, je risque ma place dans la queue. Puis-je faire confiance aux couples qui m’entourent, fraichement sortis d’un meeting filloniste pour me garder ma place ? Est-ce que mon roman aura assez de pages pour m’occuper ? Est-ce que je ne vais pas m’évanouir ? (Ça m’arrive de temps à autre). Oui, je serai mieux ailleurs, très franchement, allongée sur une plage de sable blanc à siroter une noix de coco fraîche m’enthousiasme bien plus que de faire trois tours de mon corps avec mes bras (j’ai des grands bras) pour lutter contre la bise. Mais est-ce une raison pour pester à tout va ? On a choisi de partir en vacances, on a choisi de voter quand même. Les flics totalement innefficaces qui mettent 20 minutes pour une seule procuration, on n’y est pour fichtrement rien et se mettre en colère contre eux ne leur offrira ni un excès de productivité ni un sourire doux et agréable.

J’invite mes copains de galère à relativiser et être solidaire dans la joie et la bonne humeur en faisant deux trois blagues… manifestement pas accueillie comme je l’escomptais par ma voisine de droite.

Patiente mais angoissée, j’écris à des amis, avec qui je pars en vacances, pour leur demander comment leur projet de procuration se passait dans leur arrondissement. Ils me disent que là-bas, l’attente est courte et chaude, à l’intérieur d’un commissariat efficace. Je me renseigne une énième fois auprès de Josette (pardon pour les Josettes de ce monde mais c’est ce prénom qui allait le mieux à cette policière aux airs frustrés) pour savoir si je pouvais établir ma procuration dans n’importe quel lieu. Josette m’aboie dessus. Le deuxième citoyen dans la queue me dit qu’il habite à la campagne mais travaille ici donc que rien ne m’empêche d’aller en terre promise, le commissariat chauffé de la Place Bahadourian. Mon éducation et ma résignation m’empêchent de lever un doigt d’honneur à Josette en partant.

Je pars, souriante et sereine après quelques 100 minutes d’attente vaillante. L’avenir est meilleur au Nord. Il ne m’a fallu que 25 minutes pour établir cette procuration. J’ai même eu le droit à un sourire d’un policier bedonnant.

En sortant, bien entendu, le métro était en panne. Les gens gueulaient “ah mais c’est pas possible”. J’avais bien retenu ma leçon du jour. L’avenir est toujours meilleur ailleurs. Sourire et s’échapper, c’est souvent la meilleure des solutions. J’allais prendre un vélo’v.

Illustration – Eloise Renouf.

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