Battre de l’aile.

rPendant plus de 7 ans, j’ai eu quelques oiseaux tatoués sur l’avant-bras. Un envol d’hirondelles.

Il y a quelques mois, j’ai recouvert cette envolée d’un imposant tatouage de vase, de visage et de pivoines d’un artiste dont j’admire l’esthétique de chacune de ses pièces.

Bye bye les piafs.

Depuis, il m’est arrivée de drôle d’aventures fortuites avec différents types de volatiles. Vu que j’aime bien tisser des liens là où il y en a, à l’origine, aucun… et que je suis une fidèle pratiquante de la Sacro-Sainte Destinée, Mère de tous les Karmas : tout semble conclure que les événements sont liés.

D’abord, vous n’êtes pas sans savoir que je lutte violemment contre une armée de mites qui ont envahi mes terres il y a de là quelques mois. Après des heures à claquer des mains dans le vide, à jurer chaque fois qu’un insecte me filait entre les doigts…  Ou même, à insulter sans vergogne ceux qui s’explosaient au creux de mes paumes, laissant une poussière de mite grisâtre sur ma peau. J’ai enfin investi dans des pièges à phéromones : l’idée est simple comme bonjour et me plait pas mal. Partons du fait qu’un mâle ne pense qu’avec sa bite et collons des plaques engluées d’hormones femelles un peu partout dans 25m2, on se retrouve avec des plaques décorées de mites mortes par lente agonie, collées comme des sardines avec leurs potes, ne pouvant plus engrosser leurs meufs. C’était un acte assez jouissif : chaque matin, avant même mon café, j’allais voir si mes pièges à gent masculine mitienne avaient fonctionné et admirais l’ampleur de l’hécatombe…. Si seulement on pouvait fabriquer ce même genre de pièges pour les hommes qui se comportent comme des mites. Je vois bien des poteaux dans le métro, englué d’hormones femelles, pour piéger tous les pervers qui se frottent aux cuisses des filles en jupe. On en trouverait un sacré paquet de goujats piégés par leur désir.

Voilà, donc là, je vais faire une transition aussi discrète qu’une Alerte Enlèvement sur France Inter. Excusez-moi pour le manque de classe littéraire.

L’autre jour, alors que j’étais tranquillement en train de picorer mon Bo-Bun devant une série, sur mon canapé, à me réjouir de l’idée de passer un week-end de 4 jours et demi sur le thème de la fête, des copains et du soleil. Quand soudain, j’entends un “piou piou” très sonore. Intriguée – et amoureuse du chant des oiseaux si tonitruant depuis mon balcon (mon côté Blanche-Neige) – je m’en vais dans ma chambre pour voir si l’animal piaillant se pavanait sur la rambarde. Je pousse la porte et un courant d’air de plumes me passe au dessus de la tête. La bête était chez moi. Il voltigeait dans mon appartement. Chez moi ! Quelle intrusion !

J’adore les oiseaux. Je les trouve beaux, élégants et effrontés. J’adore mon appartement. Je le trouve beau, élégant et aussi effronté que puisse être un bien immobilier. L’oiseau allait très bien avec ma déco – s’il avait été empaillé. Bien vivant, j’ai détesté cette association, un manque de goût certain !

J’ai paniqué. Et encore, c’est un euphémisme. Je me suis littéralement cachée dans un coin de l’appartement, en boule, avec mon téléphone. Et j’ai appelé ma mère. En pleurant et en riant en même temps. “Au secours, maman, il y a un oiseau dans mon appart, oui, il vole, il va m’attaquer, il va faire caca partout, maman, AU SECOURS”. Elle m’a raccroché au nez et m’a dit de me démerder. J’aurais dit la même chose à n’importe qui. Puis j’ai appelé ma mère d’adoption (je vais aussi dire que c’est un peu ma “grande sœur” sinon elle va m’en vouloir de laisser entendre qu’elle pourrait être assez âgée pour être ma mère). Deux fois. Par chance, elle n’a pas répondu, sinon, elle m’aurait couverte de moqueries pendant les 3 décennies à venir. J’ai donc appelé ma plus vieille copine. Qui vit à Paris. Elle a cru que mon frère était mort tellement j’étais dans un état second. Avec son soutien moral, j’ai réussi à ouvrir les fenêtres du salon. L’oiseau était en équilibre sur mon miroir, placé juste au dessus d’un énorme cactus. Je l’entendais glisser car le perchoir n’était pas très stable et je l’imaginais s’empaler sur les piquants du cactus. Quelle horreur. A force de parler à l’animal : “Allez, l’oiseau, casse-toi !”, en pleurant et pratiquement asphyxiée à force d’hyper-ventiler, il a fini par s’envoler sans même y laisser une plume alors que moi, j’ai laissé pas mal de crédibilité et j’imagine que ma mère se resservira de cette anecdote pour me refermer le claquer quand je paraderais avec mon indépendance et mon illustre “j’me débrouille toute seule dans la vie.”

Pour en finir avec ma série “choses volantes” : hier, je rentrais en vélo de l’école, à l’article de la mort (une belle sinusite / trachéite), sous 30°C et un soleil plombant. Cette situation n’était déjà pas forcément idyllique. J’étais sur le Boulevard des Etats-Unis. Chaque Lyonnais sait que ce n’est pas l’Eden du Rhône, bien au contraire. C’est un boulevard presque stalinien (tout carré, tout symétrique) sauf que de carré, il n’en a que l’apparence… sa réputation est plutôt entachée de violence et trafic de drogues. En plein jour, il n’y a aucun problème à part un trafic continu de voitures, que je double à fond de balle sur ma bicyclette, narguant l’automobiliste blasé en remuant les fesses en danseuse. Sauf qu’hier, à 16h45, ce n’est pas seulement le derrière que j’ai secoué. Un truc est entré dans mon décolleté et s’est retrouvé coincé par ma voluptueuse poitrine dans les méandres de mon corsage. J’ai donc sauté de mon vélo, à l’arrache, en me cassant la figure, en criant, en secouant mon chemisier et les mains (je pense que de loin on aurait pu croire que j’essayais de m’envoler), faisant la risée des conducteurs. L’insecte est sorti, je n’ai pas eu le temps de le voir, le bienheureux, sinon, je lui aurais cassé la gueule. Il en a profité pour défigurer mes boobs. Il m’a piqué sur le sein gauche, le con. Et ça aurait été trop beau que mon corps ne réagisse pas à telle piqûre. Au contraire, toute la soirée, un troisième sein s’est développé pour ne laisser au petit matin qu’une grosse tâche rouge (plus large que ma main), bouillante, douloureuse et dure.

Il y a un truc qui cloche avec ce qui vole, et ce n’est pas une histoire de jolis papillons. Croyez-moi, mon karma bat de l’aile.

Illustration –  Carson Ellis More

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s