Derrida et Goethe.

Dans mes jeunes années étudiantes, j’ai vécu presque 2 ans en Allemagne, à Weimar. Si je me suis retrouvée dans cette petite bourgade plus connue du grand public par son passé nazi que par son histoire culturelle et artistique (Schade !), c’était un peu le fruit du hasard. Une rencontre à un salon de l’Etudiant.

Toute ma scolarité, j’ai été bonne élève. Le genre d’élève qui ne se remue pas trop, qui réussit avec le minimum syndical, qui a des envies secrètes de carrière prestigieuse mais qui n’ose pas trop se mouiller dans les prépas, les concours et les trucs compliqués. Ma mère m’a souvent dit que j’étais courageuse mais pas téméraire, je pense que cela s’applique à mon choix d’études. Mon niveau aurait pu me permettre de faire une grande école mais j’ai préféré aller confortablement à la fac dans ma ville pour étudier la communication et les langues, afin d’intégrer un programme franco-allemand qui m’emmènerait à l’étranger sans que j’ai des choses trop complexes à faire pour y parvenir.

A 19 ans, j’ai donc pris ma valise (qui m’a coûté une des shkoumoune la plus mémorable de ma vie, mais je vous en parlerai ultérieurement) et avec mes copines du même programme, on s’est retrouvées à des centaines de kilomètres de chez nous, avec nos joues joufflues d’adolescentes et nos idéaux encore bien intacts.

J’adorais ce pays, la culture, la langue, les allemands, la bouffe. J’ai passé trois semestres à la Bauhaus Universität de Weimar. Je ne savais pas dans quoi je m’embarquais quand je me suis embarquée. J’ai découvert une fac pointue et élitiste. J’ai rencontré une Professeure qui m’a donné goût à la recherche en sciences humaines, à la philosophie, à la sociologie, à l’avant-garde intellectuelle, à la linguistique, à la sémiotique, à l’anthropologie, aux Media Studies, aux Cultural Studies… et même aux astrologues arabes du Moyen-Âge. Cette femme était autant pénible qu’incroyable, autant époustouflante qu’unique. Un nouveau monde s’est ouvert devant mes yeux grâce à elle. Elle a été – et je ne pense pas trop me mouiller en disant ça – un vrai mentor pour la promo française 2009. C’est donc dans ces lectures intenses que j’ai découvert le travail. Je bossais enfin par plaisir. Mon plaisir. Je ne bossais pas pour faire plaisir à mes profs, pour faire plaisir à mes parents (qui de toute façon n’attendaient rien de moi) mais bosser avec la soif d’apprendre, l’envie de créer quelque chose, l’envie profonde de réussir. Ces trois semestres ont été les plus formateurs de ma vie, et pas qu’au niveau intellectuel.

Vivre loin de ma famille, dans une colocation assez particulière, parler une nouvelle langue, gérer mon argent, gérer ma vie comme je le voulais, gérer difficilement mes amours, sortir beaucoup trop et assumer les conséquences, me débrouiller… C’est aussi là que j’ai commencé à écrire, avec mon petit blog tout niais d’adolescente en goguette.

J’ai obtenu ma licence, et si ce n’est pas la mention qui me rend fière, c’est le conseil que m’avait dit cette prof : “n’abandonnez jamais la recherche, vous êtes faites pour ça.”

Je suis allée ensuite étudier à Paris, pour obtenir un master en Sciences de l’Art et Etudes Culturelles, passionnant mais frustrant car cette stimulation intellectuelle avait disparue. J’ai abandonné mes désirs de doctorat. Je n’ai retrouvé cette sensation que quelques années plus tard en écrivant le mémoire de mon deuxième master pour devenir maitresse, à deux cerveaux, avec mon amie qui peut aller aussi loin que moi dans les délires perchés et théoriques.

Depuis, il n’y a pas un jour qui passe où j’aimerais m’isoler dans une bibliothèque avec des choses à chercher et me creuser le cerveau pour produire une phrase cohérente, simple et précise afin d’analyser la pensée ingénieuse de quelqu’un d’autre. Et pourtant, je ne fais jamais rien dans ce sens. Je n’ai pas le temps, pas l’énergie et surtout aucune finalité.

Bon, je vais venir au bout de cet article en expliquant le pourquoi du comment je vous raconte cela. Aujourd’hui, j’étais en formation car j’ai un posté fléché “allemand” dans mon école, ça veut dire que je dois faire de l’allemand avec plusieurs classes de l’école. Je me suis rendue compte que je ne portais plus du tout le même intérêt pour cette langue et ce pays. Je me suis demandée si c’était parce que j’avais vécu aux Etats-Unis depuis et que je préférais l’anglais et la culture américaine. Je ne suis pas retournée en Allemagne depuis 2009. Pourquoi ?

Finalement, je suis ressortie de cette formation avec des questions qui n’avaient rien à voir avec mon poste. Mais plutôt : et si, ma décision du 7 janvier (fin de ce blog, cf le premier article) était de m’inscrire pour un doctorat ? Et si, ce que j’ai le plus envie, ce n’est pas de partir à l’étranger pour travailler, mais d’être à l’étranger pour étudier ? Et si, faire de la recherche était ce qu’il fallait pour me sentir moins conne ? J’ai l’impression que mon cerveau est vide, que je n’arrive plus à m’exprimer clairement, que j’oublie tout. Et si, j’avais juste envie de nourrir mon cerveau ?

Pour l’instant, ça ne m’aide pas du tout à savoir si je veux rester dans l’Education Nationale. Mais mon questionnement progresse…

 

Illustration : Amélie Fontaine

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